The French State and Bombing, 1940-1945 / L’État français et les bombardements, 1940-1945


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L’État français et les bombardements, 1940-1945

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Pour de très nombreux Français, la signature de l’armistice avec l’Allemagne nazie le 22 juin 1940, prépare la fin de la guerre. Le régime de Vichy qui voit le jour, sous l’autorité du maréchal Pétain, avec le vote parlementaire du 10 juillet, revoit à la baisse le programme de défense passive. Une partie des tranchées creusées depuis 1938 sont d’ailleurs remblayées, tandis que d’autres deviennent vite inutilisables faute d’entretien.

L’illusion de la paix ne durera pas longtemps. La détermination britannique à continuer le combat, y compris au prix de vies françaises, sera prouvée par l’attaque contre la flotte française à Mers-el-Kébir le 3 juillet, par des raids contre les aérodromes allemands rapidement installés en France, puis, en septembre, par de lourds bombardements des ports de la Manche.

Le peu de légitimité dont dispose le gouvernement de Vichy dépend de sa capacité à tenir sa promesse de protéger les Français des pires effets de la guerre. Au fur et à mesure que les bombardements, d’abord britanniques puis, à partir de 1942, américains aussi, s’intensifient, le régime se voit obligé de renouveler et d’étendre les mesures de défense passive. Il continuera dans cette voie jusqu’à sa chute en août 1944.

Défi pour la défense passive, les attaques aériennes sont aussi une occasion en or offerte aux services de propagande de Vichy. Après chaque bombardement majeur , les médias officiels – la radio, les informations cinématographiques, les journaux, les affiches – unissent leurs voix pour accuser les Alliés de rechercher activement la destruction, non de cibles allemandes, mais de villes, d’industries, de civils français.

Le gouvernement et la défense passive

Les structures juridiques et administratives de la défense passive telles qu’elles sont héritées de la Troisième République restent, grosso modo, en l’état sous Vichy. Sur le terrain, les préfets et les maires continuent à jouer les rôles-clés. Au sommet, le changement le plus notable est le retour vers la situation d’avant 1938, avec le déplacement de la défense passive du ministère de la Défense vers le ministère de l’Intérieur. Ce transfert intervient juste avant le retour à la tête du gouvernement de Pierre Laval. Comme celui-ci devient aussi ministre de l’Intérieur, la défense passive revient, comme au temps de Daladier, dans le giron du chef du gouvernement. C’est Laval qui crée, le 13 février 1944, le « Service interministériel de protection contre les événements de guerre » (SIPEG), organisme qui vise à mieux coordonner les efforts de plusieurs directions et ministères – la défense passive, mais aussi les Ponts et chaussées, les transports, la santé, l’éducation, et les réfugiés. En même temps, peu après le bombardement des usines Renault en mars 1942, la circulation des informations s’améliore. Le « Bulletin d’information de la défense passive », document ronéotypé puis imprimé qui sort à peu près tous les deux mois, vise à tenir informés les cadres de la défense passive, tant au niveau national que local, des circonstances des bombardements, des morts et des blessés, mais aussi des différents modèles d’engins lancés, des performances des divers types d’abris, ou des développements dans l’organisation de la DP. Après la chute de Vichy en août 1944, le Gouvernement provisoire du général de Gaulle maintient le SIPEG en l’état. De même, le « Bulletin d’information » continue à sortir (le vingt-septième et dernier numéro paraît en mai 1945) et le directeur de la défense passive est maintenu en fonctions.

Quelques-uns des personnages les plus sinistres de Vichy – Laval lui-même, mais aussi René Bousquet, secrétaire général pour la police, ou Joseph Darnand, chef de la Milice et ministre du Maintien de l’ordre à partir de janvier 1944, signent de nombreuses directives visant à améliorer les dispositifs de la défense passive. C’est certainement l’élément le moins odieux et le plus gratifiant de leur action. De même, des préfets et des maires nommés par Vichy cherchent à répondre au mieux aux besoins des populations en matière de défense contre les bombardements. Même le chef de la SS en France, Carl Oberg, soucieux de l’efficacité d’une éventuelle protection des forces d’occupation face à un gros bombardement, s’inquiète en février des conditions de travail et du moral des pompiers de Paris.

Les abris

De la Troisième République, Vichy hérite d’une quantité insuffisante d’abris. Plusieurs obstacles à l’amélioration de l’existant se présentent. Les exigences économiques allemandes vont croissantes, provoquant des pénuries en matières premières : l’acier manque, comme le béton et le bois, et la main-d’œuvre. Un rapport préparé par la Direction de la défense passive en janvier 1942 estime que 8 millions de civils ont accès à un abri, et que 420000places sont en voie de réalisation. Ce qui laisse sans protection quelque 8,5 millions de citadins non évacués, dont la présence en ville est pourtant considérée comme « nécessaire ».

Ainsi a-t-on recours aux moyens du bord. Est utilisé, par exemple, le « béton de chaux », ersatz moins fiable que le produit qu’il remplace, réservé aux fortifications allemandes. À Toulon et au Havre, les maires organisent le creusement de tunnels dans les côtes qui surplombent leurs villes, travaux publics projetés mais non réalisés avant guerre. En 1944, des subventions sont proposées (entre 50 et 200 francs par place) aux particuliers qui creusent des « tranchées familiales » (en Normandie, où l’on s’attend peu au débarquement, et sans doute encore moins aux terribles bombardements qui le précéderont, on commence parfois à creuser … le 6 juin 1944). En 1944, le nombre des abris réalisés reste très insuffisant. Il est néanmoins nettement plus élevé qu’en 1940, ce qui permet de sauver de nombreuses vies ; car toute une succession de rapports de la défense passive soulignent que la plupart des victimes trouvent la mort, ou sont blessées, dans la rue ou dans des immeubles sans protection, et non pas dans les abris.

Les services de secours

La loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation générale de la nation pour les temps de guerre envisageait déjà le recrutement des équipes de la défense passive parmi les employés municipaux, les volontaires, les appelés civils, et les sections militaires. Après 1940, il est donc fait appel à tous ces réservoirs de main-d’œuvre pour remplir les rangs de la défense passive. Pour dégager des personnes immobilisées sous les gravats, tâche délicate et éprouvante s’il en est, des équipes spécialisées de l’industrie du bâtiment, ainsi que des mineurs, prêtent leur concours, à l’occasion. Il en va de même des Équipes nationales, mouvement de jeunesse formé sur le modèle des scouts, mais d’obédience (officielle) strictement pétainiste; voire, à certaines occasions, de la Milice de sinistre mémoire. Dans les ports comme Brest, Toulon ou Marseille, enfin, des pompiers de la Marine nationale travaillent à côté de leurs homologues civils.

Beaucoup parmi les équipes d’urgence restent cependant sous-équipées. Il manque des uniformes (les seuls brassards en tiennent souvent lieu), des casques, et même, fréquemment, des outils de base comme des pioches ou des pelles. De même, la disponibilité de médicaments, ou d’ambulances, ou de pompes à incendie, ou de l’essence pour faire fonctionner celles-ci, sont rarement à la hauteur des besoins. De gros bombardements comme ceux qui visent Lorient en janvier 1943, Rouen en avril puis en mai 1944, ou Caen en juin 1944, ou Le Havre en septembre suivant, dépassent largement, au moins à titre temporaire, les capacités de réaction des services d’urgence concernés. Ce qui vaut pour les services dans leur ensemble vaut également, parfois, sur le plan individuel. Des témoignages de Nantes indiquent que certains policiers, traumatisés par ce qu’ils ont vu lors des bombardements, sont rentrés chez eux dans les villages aux alentours sans demander d’autorisation, ou alors ont cherché l’oubli dans la boisson. Ceci dit, aucune ville française n’a vu l’effondrement durable de ses services d’urgence. Tous se reprennent, après les journées les plus dures.

Une innovation notable, à partir de 1943, est constituée par les deux « trains SIPEG ». Transportant des articles d’urgence (couvertures, vivres) mais aussi des équipes médicales et des assistantes sociales, ceux-ci disposent en outre d’une cuisine, de blocs opératoires, d’une maternité, et de lits pour les blessés. Ainsi équipés, les trains sont censés gagner rapidement les villes bombardées à partir de leurs bases parisienne et lyonnaise. Ils sont complémentés par des michelines, destinées à évacuer les blessés. De fait, cependant, les trains fonctionnent moins bien que prévu. En cas d’un très gros bombardement, ils se révèlent plus comme force d’appoint que comme le véritable centre des secours. En plus, les chemins de fer eux-mêmes sont des cibles privilégiées pour les bombardiers anglais et américains, ce qui bloque facilement l’accès aux centres-villes ; l’un des trains devient lui-même victime du bombardement de Lyon en mai 1944. Il reste que les trains SIPEG contribuent, par exemple, aux secours au Creusot (juin 1943), au Portel le 9 septembre suivant, et à Rouen en avril 1944. Ils servent aussi, comme le montrent les actualités cinématographiques, la propagande officielle.

Voir les liens de l’Institut National de l’Audiovisuel : http://www.ina.fr/recherche/recherche?search=SIPEG&vue=Video

L’évacuation des enfants

Contrairement à la Grande-Bretagne, la France ne dispose pas, au début des hostilités, d’un schéma centralisé permettant l’évacuation des enfants des zones à risque de bombardement. Des dizaines de milliers d’enfants français vont cependant quitter leurs domiciles pendant la guerre, parfois avec des frères ou des sœurs ou des camarades d’école, parfois aussi seuls, afin d’être éloignés des bombes alliées.

Des plans existaient, avant 1939, pour l’évacuation des « inutiles » (selon les termes de l’époque – principalement les enfants) des 21 départements « à risque » ainsi que de Paris, Lyon et Marseille. Les dispositions comprennent, pour certains cas au moins, des horaires détaillés de départs en train. Par contre, l’hébergement des évacués reste souvent à organiser, les autorités semblant souvent compter sur les éventuels parents campagnards des concernés. Des 2 millions de personnes, enfants pour la plupart, évacuées en septembre 1939, la grande majorité regagne leurs foyers au bout de deux mois, après une expérience souvent peu réussie, surtout pour ceux qui n’ont pas de relations à la campagne. Des enfants de Boulogne-Billancourt, par exemple, se retrouvent dans des stations balnéaires hors saison, ou dans des villages, sans équipements suffisants, couchant sur de la paille. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que leurs parents les récupèrent au plus vite. Dès le début de 1940, le Conseil supérieur de la guerre tire les conclusions de cette première expérience et revoie les plans d’évacuation très sensiblement à la baisse. Le bilan négatif de 1939 est lourdement renforcé par l’Exode de mai-juin 1940, où l’on voie entre 6 et 10 millions de Français et de Belges prendre la route devant l’offensive allemande. C’est surtout le désordre et le traumatisme de ces semaines-là qui réduit à rien la confiance des autorités en l’évacuation pour sauvegarder les populations. En avril 1941, le verdict du directeur de la défense passive, Sérant, semble sans appel : « L’expérience de la guerre a condamné les mouvements massifs et étendus de la population. L’organisation de la défense passive doit donc être conçue en fonction du stationnement normal de cette population. »

En même temps, cependant, les attaques de la RAF vont croissantes. Ce qui pousse les décideurs dans le sens opposé à celui de Sérant, surtout dans les localités les plus touchées. À la rentrée 1941, par exemple, les écoles de Brest ne sont pas ouvertes pour encourager les parents à accepter l’éloignement de leurs enfants. L’évacuation reste cependant facultative en principe, les autorités allemandes intervenant d’ailleurs auprès du maire pour empêcher celui-ci de la rendre obligatoire. Après les lourds bombardements de Lorient en janvier 1943, la municipalité brestoise, de peur que le tour de sa ville ne vienne bientôt, augmente la pression, retirant notamment les cartes de rationnement des populations « inutiles », dont les enfants de moins de 14 ans. Des convois commencent à transporter des Brestois vers les départements d’accueil désignés, le Loir-et-Cher et la Sarthe.

Autre cas de figure, suite au bombardement des usines Renault à Billancourt, en mars 1942, les quartiers d’habitation proches des cibles potentielles sont classés « zones menacées », d’où tous les enfants scolarisés sont censés partir. Là aussi, les autorités favorisent des solutions familiales. Face à l’étendue du problème, cependant, elles sont aussi obligées d’agir elles-mêmes. Dans chaque département, le rectorat et le service des réfugiés prêtent leurs concours, ainsi que les municipalités. Des initiatives sont aussi prises par des organismes caritatifs, religieux, politiques, voire syndicaux. Parfois les enfants évacués sont logés chez des parents ; plus souvent, l’hébergement est collectif, dans des châteaux réquisitionnés, des colonies de vacances, des pensionnats. En novembre 1943, le directeur national des réfugiés signale que quelque 150000 écoliers ont été évacués ; de nouveaux convois partent en bus ou en train toutes les semaines. Ce chiffre sous-estime sans doute un total augmenté par des initiatives à petite échelle.

Un véritable plan national d’évacuation se heurte cependant à quatre obstacles principaux. Tout d’abord, la distinction entre zones à risque et zones de refuge est changeante et imprévisible. Sauf exception, la Normandie, par exemple, est considérée comme relativement sûre … avant d’être transformée en champ de bataille en juin 1944. Les réticences des parents représentent une deuxième source de difficultés. Pour des raisons évidentes, avoir à se séparer de ses enfants constitue une perspective angoissante, surtout vers des zones d’accueil souvent lointaines où les adultes responsables de l’encadrement seraient de parfaits inconnus, et dans un contexte où les transports sont de plus en plus perturbés, voire dangereux. Certes, les autorités tentent de mettre en valeur les avantages pour la santé des enfants d’un séjour à la campagne. D’après le préfet de la Seine, René Bouffet, cependant, les soucis d’ordre sentimental sont doublés par des «  résistances intéressées », puisque « certains parents se résignent difficilement à abandonner les allocations familiales et les titres de rationnement des enfants ». La santé des enfants – souvent plus fragile chez les familles les plus démunies – peut aussi poser des difficultés pour organiser leur évacuation. Un troisième obstacle est l’attitude des Allemands. Ceux-ci sont certes, à l’occasion, prêts à exiger l’évacuation de certains quartiers des villes sensibles comme Le Havre, voire de zones entières (comme la côte méditerranéenne au début de 1944) et ce, pour des motifs stratégiques. Mais la fragmentation du pays et l’existence de multiples lignes de démarcation, non seulement entre les zones « libre » et « occupée » (assouplie en 1943) mais aussi, par exemple, entre la zone côtière et le reste du pays, rendent aléatoire tout véritable plan national. Il arrive aussi que l’occupant interdise l’évacuation de certaines villes, ou qu’ils censurent toute discussion publique à ce sujet ; à l’inverse, les bombardements représentent toujours du pain béni pour les services de propagande de Vichy et des partis collaborationnistes .Les Allemands savent aussi que tout ordre d’évacuation officiel signifierait un aveu de l’insuffisance de leurs défenses aériennes, et que des mouvements à grande échelle de la population sont difficiles à organiser et potentiellement nuisibles à leur sécurité. Le dernier obstacle, enfin, réside dans le gouvernement lui-même. Une politique nationale d’évacuation, même partielle, aurait peut-être permis de la promouvoir. Mais l’évolution au sommet de l’État demeure bien lente, et les services de Vichy réagissent à l’événement bien plus qu’ils ne l’anticipent. Il n’est pas étonnant dans ce contexte que des enfants restent toujours présents dans les zones bombardées, quoiqu’inférieurs en nombre.

Le rôle de l’occupant

Dès l’été 1940, les défenses « actives » – la DCA, la chasse – sont prises en charge par les forces allemandes – tant bien que mal, car le Reich sera toujours mieux défendu que la France occupée. Une tentative, lancée début 1943, de recruter des militaires français pour des batteries de DCA montées sur des wagons de chemins de fer fait long feu, les unités concernées étant dissoutes en octobre; les populations françaises sont hostiles, les recrues démoralisées, les Allemands soupçonneux. En même temps, après l’occupation du sud de la France en novembre 1942, et le début des attaques alliées sur cette zone jusqu’ici épargnée, des recrues françaises alimentent un service de guet qui travaille étroitement avec les Allemands. En été 1944, cependant, ce groupe aussi commence à se disperser, suite aux désertions et aux attaques de la Résistance contre des postes de guet.

Concernant la défense passive, l’attitude des Allemands est capricieuse. Soucieux de mettre en œuvre ses priorités (la protection de ses troupes et des Français qui travaillent pour leur compte), l’occupant essaie parfois de s’assurer la maîtrise détaillée de la DP sur l’ensemble du territoire. Dans la pratique, cependant, le problème de main-d’œuvre a vite raison de telles tentatives. L’essentiel de la défense passive est donc laissé aux autorités françaises … avec un encadrement allemand plus ou moins pesant. Les Allemands se révéleront tout aussi imprévisibles en matière d’évacuation: découragée à Brest en 1941-1942 (malgré les efforts français pour la promouvoir), celle-ci est exigée là où elle convient aux priorités militaires de l’occupant. Si l’évacuation et la destruction du quartier du Vieux Port de Marseille en janvier 1943 se distingue par son caractère brutal, les Allemands vident plusieurs quartiers portuaires et côtiers du Havre en 1942-1943, et exigent (avec un succès partiel) le départ de la population inactive de la zone côtière méditerranéenne début 1944.

Il arrive aussi qu’une véritable coopération s’installe entre l’occupant et les Français, surtout pendant les bombardements. C’est ainsi, par exemple, que les Allemands prêtent le concours de leurs pompiers à Nantes en septembre 1943, ou qu’ils permettent aux civils d’utiliser leurs abris. Bien plus fréquente, cependant, est la concurrence (forcément inégale) pour des ressources de plus en plus limitées. Les maires de Normandie se plaignent à plusieurs reprises d’avoir réalisé pour leurs administrés de nouveaux abris … qui seront tout de suite réquisitionnés au bénéfice des troupes occupantes. Même sans des gestes aussi flagrants, l’appétit insatiable des Allemands pour l’argent, les matières premières, et la main-d’œuvre de la France ne cesse de limiter la protection des civils et même la dignité des morts. En juin 1944, par exemple, les victimes d’un bombardement de Rennes sont enterrées dans des linceuls, les cercueils disponibles ayant tous été attribués à la Wehrmacht.

Les secours aux sinistrés

Peu de plans concertés existent, au début de la guerre, pour le secours aux sinistrés. Ici aussi, les autorités de Vichy se doivent de faire quelque chose, mais restent assujetties à de sévères contraintes, et notamment celle qui les obligent à consacrer l’équivalent de la moitié du budget de l’Etat aux « frais d’occupation ».

Il n’est pas sans signification qu’un wagon de chacun des trains SIPEG soit attribué à l’administration. Reflet d’une des priorités les plus pressantes pour les sinistrés, obtenir les papiers nécessaires pour prétendre aux secours. La carte de sinistré et la carte de réfugié sont les sésames indispensables ouvrant la voie aux versements des aides de l’État. Parmi celles-ci : des sommes forfaitaires permettant (en principe) le remplacement des habits ou meubles perdus lors des bombardements, et des allocations mensuelles de réfugiés. Payées de droit – en principe – aux personnes disposant du statut de réfugié, ces allocations dépendent néanmoins de conditions de revenus assez draconiennes. L’une des plaintes les plus répandues est que le plafond des ressources est en-deçà de tout salaire, sauf ceux des manœuvres les plus démunis. Les allocations sont aussi complexes à administrer. C’est ainsi que de nombreux sinistrés dépendent aussi de diverses organismes caritatifs ou para-publics, comme le Secours National.

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La propagande

Les bombardements offrent aux propagandistes de Vichy et des partis collaborationnistes de belles occasions pour représenter à la fois l’hostilité des Alliés vis-à-vis de la France, et – pour les autorités, au moins – l’engagement ferme du régime en faveur des victimes de la guerre.

Le message

L’essentiel de la propagande vichyste concernant les bombardements se décline en cinq points, même si, en général, seuls deux ou trois à la fois seront présents dans un article, une affiche, ou un passage des informations cinématographiques.

L’Anglophobie. Les Anglais, affirme l’Etat français, sont les ennemis ancestraux de la France. À charge de la perfide Albion : l’exécution de Jeanne d’Arc au bûcher de Rouen, l’exil de Napoléon, la trahison lors de la campagne de 1940 (la RAF, en particulier, aurait compté bien chichement son aide à la France ; les Britanniques auraient refoulé les Français qui tentaient d’embarquer à Dunkerque), la destruction de la flotte française à Mers-el-Kebir. C’est dans cet arrière-plan à plus ou moins long terme que seront évoqués les bombardements.

Les civils comme cibles. La propagande vichyste fait mine d’ignorer l’existence d’objectifs militaires allemands sur le territoire français, ou tout au moins la minimise. Les vraies cibles, selon elle, sont les civils français et l’économie hexagonale.

La domination économique anglo-saxonne. Les Alliés bombardent la France, selon la même propagande, pour ouvrir la voie à une Europe où la concurrence aura été éliminée, permettant aux trusts anglo-saxons une domination sans partage.

L’antisémitisme. Pour Vichy, la continuation de la guerre après 1940 est l’œuvre, soit de capitalistes juifs à l’affût de profits juteux, soit de communistes juifs qui cherchent la domination mondiale de Moscou. Curieuse alliance entre Bolcheviks et capitalistes que Vichy n’explique pas mieux que l’Allemagne nazie.

Le caractère protecteur du régime. La revendication-clé du maréchal Pétain, c’est-à-dire l’aide et le réconfort qu’il apporte aux Français, est justifiée par des visites à haute visibilité aux villes bombardées, soit par le Maréchal lui-même, soit par son émissaire le colonel Bonhomme. En ceci, Pétain ressemble plus à Churchill ou au roi et à la reine d’Angleterre qu’à Hitler ou à Mussolini ; ni l’un ni l’autre des dictateurs ne s’aventure à ce type de visites qui pourraient rappeler les malheurs qu’ils ont fait pleuvoir sur leurs pays. De même, les informations cinématographiques mettent l’accent sur le rôle de la défense passive, et sur des organismes para-publics comme le Secours National ou le Comité Ouvrier de Secours Immédiat. Le train SIPEG, enfin, est le symbole d’une assistance après-bombardements qui se veut moderne, efficace, rapide et pratique.

Les médias

Les médias, contrôlés étroitement par les services de censure français ainsi que par le Propaganda-Staffel allemand à Paris, ne manquent pas de moyens pour répandre le message de Vichy.

•        Des événements « grandeur nature ». Les visites de Pétain ou d’autres dignitaires du régime, bien couvertes par les média, revêtent aussi une grande importance pour les localités concernées. Les obsèques, aux lendemains de gros bombardements, sont des spectacles publics soigneusement mis en scène, où des personnages-clés du régime comme les cardinaux-archevêques de Paris (Suhard) et de Lyon (Gerlier) se réfèrent à l’autorité divine pour condamner les attaques aériennes.

•        Les actualités cinématographiques. France-Actualités, gérée à partir de 1942 par Vichy (avec encadrement allemand, et partage des clips des actualités filmées et montées par les services du Reich) est la source principale d’informations audiovisuelles sur les bombardements pour le public français. Elles se caractérisent surtout par une présentation des Français comme victimes innocentes, martyrisées par un ennemi barbare, hypocrite, et sans scrupules.

•        Les journaux, les magazines. La presse écrite subit les directives quotidiennes de la censure. Le 14 mars 1943, par exemple, elle se voit obligée de porter, en en-tête à la Une, l’expression « Après l’agression anglo-américaine contre Rennes », de montrer l’aspect tragique de Rouen après un bombardement récent par les Alliés, de raconter les visites du colonel Bonhomme à diverses localités bombardées, et de citer le dernier discours du Dr Goebbels concernant, entre d’autres sujets, les bombardements. Le 7 avril suivant, la citation est exigée de certaines phrases-clés d’un discours du ministre des Finances Cathala concernant les récents bombardements des banlieues parisiennes. Des hebdomadaires comme L’Illustration étayent ce message grâce à des pages entières de photos.

•        La radio. Jusqu’à la fin de 1943, les stations radio de Vichy sont assez peu écoutées, à cause autant de la mauvaise qualité technique de leur diffusion que de la méfiance du public. À partir de janvier 1944, cependant, la personnalité-vedette devient le ministre de l’Information en personne, Philippe Henriot, dont les interventions seront presque quotidiennes.

•        Les brochures. En 1943, le ministère de l’Information entame la publication d’une série de brochures en format magazine sous le titre de « Nos villes dans la tourmente », qui doit présenter une vingtaine de villes lourdement bombardées. Tirées en général à 25000 exemplaires, les brochures suivent une règle typique : une présentation de la ville historique d’avant-guerre, le récit du bombardement, suivi (si possible) par des représentations de l’arrivée du Maréchal, du train SIPEG, ou des deux, et l’apport d’aide et de réconfort aux populations. On y insère aussi des citations de la presse française et internationale pour bien illustrer le caractère barbare de l’attaque et du cynisme des Alliés.

•        Les affiches. Les affiches qui fleurissent sur les murs français au lendemain d’un bombardement sont l’œuvre de quelques-uns des meilleurs talents de France en la matière, capables d’établir en un coup d’œil le lien entre les effets des bombardements et les méfaits passés des Britanniques, surtout à l’égard de la France et des Français.

La propagande a-t-elle convaincu ? Les visites du maréchal Pétain dans les villes bombardées attirent, certes, des foules importantes et bienveillantes (à défaut d’être franchement enthousiastes). De même, les interventions d’Henriot sont jugées suffisamment dangereuses par la Résistance pour qu’ils organisent (et réussissent) une exécution audacieuse de leur adversaire idéologique le 28 juin 1944. La guerre économique des anglo-saxons contre la France reste souvent évoquée parmi la population française près de 70 ans après la Libération, sans doute parce que les attaques contre le capitalisme « anglo-américain » sont encore un thème porteur aussi bien dans une certaine gauche que parmi les héritiers nostalgiques de l’idéologie vichyste ou maréchaliste.

Mis à part ces derniers, il y a peu d’indications que la propagande ait eu un impact au-delà du court terme. Les rapports préfectoraux sur l’opinion publique d’alors sont presque unanimes : les Français cherchent leurs informations à l’écoute de la BBC (de son service français comme des émissions de la France Libre) et, dans les départements du sud-est, de la radio suisse : deux sources considérées comme bien plus fiables que l’ensemble des médias françaises. La colère contre les attaques anglo-américaines peut, bien sûr, éclater dans les villes sinistrées, surtout avec l’intensification des bombardements à partir de 1943. Elle ne perdurera cependant que rarement, et surtout, elle ne se traduit pratiquement jamais en une expression de soutien accrue aux autorités – et encore moins par un tassement de l’hostilité contre l’occupant.

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The French State and Bombing, 1940-1945

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After the signature of an armistice with Nazi Germany on 22 June 1940, the common assumption was that the war was practically over. A new authoritarian and pro-German regime, installed at the spa town of Vichy on 10 July under the supreme authority of Marshal Philippe Pétain, scaled down France’s civil defence programme; indeed, some of the pre-war trenches were filled in, and many others left unmaintained.

Not for long. Britain’s determination to continue the war, and to inflict French casualties if necessary, was proved by the attack on the French fleet at Mers-el-Kebir on 3 July, by sorties against German airfields in France, and, in September, by heavy raids on France’s Channel ports.

The Vichy government based such legitimacy as it had on its claim to be protecting the French from the worst effects of the war. With the intensification of British, then Allied, air raids from 1941 onwards, it was obliged to renew and extend civil defence measures. It continued to do so right up until the regime’s collapse in August 1944.

Air raids were also a welcome propaganda opportunity for Vichy. After each major attack, the official media – radio, cinema newsreels, newspapers, and posters – united to accuse the Allies of actively seeking the destruction, not of German targets, but of French cities, industries, and civilians.

Government and civil defence

The legal and administrative structures for civil defence inherited from the pre-1940 Third Republic were broadly maintained under Vichy, with prefects and mayors playing a key role at the grass roots. The biggest single change at the top was the move of civil defence back from the Defence Ministry to the Interior Ministry, in April 1942, just before Pierre Laval’s return to head the Vichy government. As Laval also became Interior Minister, civil defence once again fell under the control of the leading government figure, as it had under Daladier in 1938. Early in 1943, Laval also created a Service Interministériel de Protection Contre les Événements de Guerre, a body designed to co-ordinate the efforts of divisions across different ministries – civil defence, but also roads, transport, health, education, and refugees. In the wake of the Renault raid of March 1942, information-gathering procedures were also improved, and the Bulletin d’Information de la Défense Passive informed senior civil defence personnel at national and local levels, not only of casualty rates, but of different types of bombs used, the performance of different types of shelters, and of developments in civil defence organisation. Both the SIPEG and the Bulletin d’Information were kept on by the Liberation governments after the collapse of Vichy.

Some of the Vichy regime’s most notorious figures – Laval himself, but also police chief René Bousquet, or Joseph Darnand, Minister for the Maintenance of Order from January 1944 – played a sometimes crucial role in improving France’s civil defences. Civil Defence was perhaps the least odious thing they did. Vichy-appointed prefects and mayors attempted to respond to local civil defence needs. Even the head of the SS and Gestapo in Paris from 1942, Carl Oberg, worried about the working conditions and morale of Paris firemen.

Shelters

Vichy had inherited inadequate shelter provision from the previous regime, and faced obvious handicaps in developing it further. German demands on the economy meant that from 1941, vital raw materials such as steel, wood, and concrete, as well as labour, were all in short supply. An official report from January 1942 suggested that some form of shelter was available to 8 million civilians, and places for 420,000 more were underway. That left at least 8.5 million city-dwellers whose presence was considered ‘necessary’ without protection.

Several means were used to improve shelter provision within the constraints imposed by the Occupation. A form of cement was made with chalk; mayors in Le Havre, Toulon and elsewhere tunnelled into the soft rock on the slopes above their towns; and in 1944, householders were offered government grants to dig ‘family trenches’ in their own gardens, but without the framework of British-style Anderson shelter (some Norman householders left this very late, starting their digging on 6 June 1944). Though far from adequate, French shelter provision was better in 1944 than in 1940 and saved many lives: repeated civil defence reports stressed that most casualties occurred in the street or in unprotected buildings, not in shelters.

Emergency services

The 1938 law envisaged the recruitment of civil defence teams from municipal workers, volunteers, civilian conscripts, and military sections. All were used to bring services more or less up to strength after 1940. In addition, specialised teams from the building industry – and on occasion from mines – were requisitioned for the delicate work of rubble clearance in the immediate aftermath of a raid, when trapped victims might still be saved. Youth volunteers, organised as the Équipes Nationales, worked alongside the regular teams; so too, on occasion, did the notorious Vichy Milice. In naval ports such as Brest or Toulon, firemen from the navy supplemented the civilian fire teams.

Many emergency teams were woefully ill-equipped, lacking uniforms (armbands often had to do), helmets, and even basic tools like picks and shovels in many cases. Availability of fire engines and medical supplies also fell short of demand. Really big raids – as on Lorient in January 1943, or Rouen in April and May 1944, or Caen in June 1944, or Le Havre in September – could still overwhelm the emergency services. Accounts from Nantes indicate that some members of the police force, traumatised by what they had seen, disappeared home to their villages, or engaged in drinking binges. Yet in no major town did emergency services collapse for a long period.

A notable innovation, from 1943, were the two ‘SIPEG trains’. Fully equipped with emergency supplies, medical and social teams, a kitchen, operating theatres, a maternity suite, and berths for the wounded, these were expected to rush to the site of a raid from bases in Paris and Lyon and provide speedy help. Smaller railbus units, with up to 70 berths, were intended to evacuate the wounded. Neither worked fully as planned, however. They were too small to provide more than complementary cover for a really big raid; railways themselves were often bombed, preventing access to city centres; and one of the SIPEG trains was itself wrecked in the raid on Lyon of 26 May 1944. Nevertheless, the trains did make some contribution after the bombing of Le Creusot in June 1943 or Rouen in April 1944. They also served as a propaganda tool, as the newsreels show.

Institut National de l’Audiovisuel links (France-Actualités newsreels produced under the Vichy regime): the SIPEG train, 1944 (three extracts): http://www.ina.fr/recherche/recherche?search=SIPEG&vue=Video

The role of the Germans

From 1940, the occupying German forces were in charge of the ‘active’ defence of France – anti-aircraft guns and fighters. A brief attempt in 1943 to recruit French troops to man rail-borne anti-aircraft batteries fizzled out owing to demoralisation among the French and mistrust of them by the Germans. At the same time, after the German take-over of the southern zone of France in November 1942, and the consequent opening-up of this area to Allied raids, French recruits joined an observer corps and worked closely with the Germans; but by the summer of 1944 this group too was melting away thanks to attacks by the Resistance on isolated observer stations, and desertions by the men.

Towards civil defence, the occupiers’ approach was erratic. At times they sought full control over civil defence policy across the whole country, in order to ensure the implementation of their priorities – protection for their own forces and for French personnel working directly for them. In practice, however, manpower considerations led them to leave the job to the French, though not without trying to supervise them at all levels.

Genuine civil defence co-operation between Germans and French, especially during raids, was not unknown: the Germans lent firemen and their equipment in Nantes in September 1943, for example, and at times allowed civilians to share their shelters. But competition for scarce resources was more frequent. Mayors in Normandy repeatedly complained of building new shelters for civilians only to see them requisitioned by the German armed forces. Even without that, the enormous German appetite for money, raw materials, and labour were a constant pressure against adequate provision for French civilians. By June 1944, air raid victims in Rennes were being buried in shrouds because the occupying army had requisitioned all the available coffins.

Emergency relief

Few plans had been made for assisting bombed-out individuals and families. Again, the Vichy authorities were obliged to be seen to do something, but laboured under severe constraints, with payments to Germany absorbing about half the state budget.

Significantly, one carriage on each SIPEG train was devoted to ‘Administration’, reflecting a crucial priority for the bombed-out – getting the documents needed to make a first claim. The carte de sinistré (or de-housed person’s card) and the carte de réfugié were the indispensable basic documents opening the way to direct state payments. These included one-off sums to replace clothing and furniture lost in air raids, and regular monthly allocations for refugees. These were paid as of right, but were severely means-tested: a common complaint was that the maximum income allowed to claim a refugee’s allowance was below what almost any manual worker could earn. They were also complex to administer. Many bombed-out households would also depend on para-public or charitable organisations of various types.

The French People and Bombing

Propaganda

Air raids offered Vichy propagandists excellent opportunities to represent both the wickedness of the Allies and the regime’s commitment to help French victims of war.

The message

The main message of Vichy’s propaganda on air raids was fivefold, though usually only two or three components would appear in a single .

•        Anglophobia. The Allies, it was claimed, were France’s ancestral enemy; they had burnt Joan of Arc in Rouen, forced Napoleon into exile, betrayed France during the campaign of 1940, and destroyed the French fleet at Mers-el-Kebir. Air raids were set in this long-term context.

•        Civilians as targets. The existence of German military objectives on French soil was either omitted or minimised in propaganda statements. Instead, they claimed that French civilians and the French economy were the real targets of raids.

•        ‘Anglo-Saxon’ economic domination. The Alliance bombed France because a weak France, it was argued, would open the way to the ‘Anglo-Saxon’ economic domination of Europe.

•        Anti-semitism. Vichy presented the continuation of the war after 1940 as due to the actions of Jewish businesses seeking a quick profit or Jewish communists seeking world domination from Moscow. This alliance between Bolsheviks and capitalists was no more explained by Vichy than it was by Nazi Germany.

•        The regime as comforter and protector. Marshal Pétain’s broader claim to bring help and comfort to the French people was backed up by a number of well-publicised visits to bombed localities, either by the Marshal himself or at least by his personal emissary Colonel Bonhomme. In his willingness to undertake visits, Pétain has more in common with the British authorities, including Churchill and the King and Queen, than with Hitler and Mussolini, neither of whom cared to be identified with the misfortunes they had brought on their countries. News features also stressed the role of the civil defence services and para-public bodies like the Secours National or the Comité Ouvrier de Secours Immédiat. The SIPEG train, finally, was the emblem of modern, efficient, rapid and practical assistance after raids.

The media

With all the media closely controlled by the Vichy censorship services and by the German Propaganda-Staffel in Paris, there was no shortage of methods to project the Vichy message.

•        ‘Live’ events. Visits by Pétain or other dignitaries of the regime to bombed towns were well covered by the media but also of direct importance in the localities themselves. Funerals following big raids were carefully choreographed public events, in which leading Church figures like the cardinal-archbishops of Paris (Suhard) and Lyon (Gerlier) invoked divine authority to condemn bombing.

•        Cinema newsreelsFrance-Actualités, run from 1942 by Vichy under German supervision (and with an agreement to use shots from German newsreels) was the main source of visual information about bombing for the French public. It was characterised above all by its presentation of the French as the innocent martyrs of a senseless and savage enemy.

•        Newspapers and magazines. The print media were submitted to daily guidelines by the censorship offices. On 14 March 1943, for example, they were obliged to carry a banner headline ‘After the Anglo-American aggression against Rennes’, to show the ‘tragic aspect’ of Rouen after a recent Allied raid, to relate Colonel Bonhomme’s recent visits to bombed towns, and to quote from Josef Goebbels’s speech covering, among other topics, air raids. The following 7 April, the quotation of specified phrases from a speech by Finance Minister Pierre Cathala on the recent raids on the Paris suburbs was required. Weekly papers like L’Illustration could back up the message with generous photographic coverage.

•        Radio. Vichy-controlled radio stations carried commentaries alongside their regular news items. The star radio performer as the heaviest Allied raids got under way in Spring 1944 was the Information Minister himself, Philippe Henriot, who had a daily commentary slot.

•        Brochures. In 1943 the Information Ministry began to commission a series of illustrated magazine-style brochures called ‘Nos villes dans la tourmente’ and covering some 20 heavily-bombed towns and cities. Most were printed in 25,000 copies and followed a standard formula: a presentation of the historic pre-war locality, followed by an account of the raid, followed (if possible) by depictions of Pétain, or the SIPEG train, or both, arriving to bring succour and comfort to the victims. Quotations from the French and the international press were inserted to illustrate both the barbarity of the deed and the cynicism of the Allies.

•        Posters. The posters that appeared on French walls in the aftermath of a raid engaged some of France’s ablest designers, capable of linking at a single glance the effects of bombing with Britain’s past misdeeds towards France and the French.

Did the propaganda work? Pétain’s appearances in bombed towns certainly drew big and supportive crowds. Henriot’s broadcasts were judged so dangerous by the Resistance that they organised a successful assassination attempt against him on 28 June 1944. The theme of economic warfare against France continues to appear in personal accounts 65 years after the end of the war, probably because attacks on Anglo-American capitalism struck chords on the French Left as well as among Vichy supporters.

That aside, there is little sign that propaganda had much lasting effect. Reports on public opinion from Vichy’s prefects to the Interior Ministry told a fairly consistent story: people sought their information from the BBC and (further south) from Swiss radio, which enjoyed greater credibility than French media of whatever type. Anger at British and American raids could certainly flare up in bombed localities, especially after the intensification of raids from 1943 on, but it rarely lasted, and did not translate into positive support for Vichy, still less for the Germans.

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