French people and bombing / Les Français et les bombardements, 1940-1945


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Les Français et les bombardements, 1940-1945

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Pour les populations civiles britanniques soumises aux bombardements allemands, le Blitz spirit consiste, entre autres, en la capacité de démontrer la faculté d’« encaisser » à titre individuel et collectif, à l’échelle de la nation toute entière. L’effort de défense passive, visant à assurer la continuité d’une vie à peu près normale, est aussi un défi patriotique lancé à un adversaire détesté. Cet état d’esprit est en grande partie absent chez les Français, mais pas par manque de courage. Tout simplement, pour la plupart des habitants de l’Hexagone, les bombardements ne sont pas le fait d’un ennemi juré, décidé à détruire leur pays. Le but ultime des Alliés, la libération de la France et de l’Europe de l’oppresseur nazi, est largement partagé par les populations occupées. Que les Alliés doivent cibler, en France, des objectifs militaires et industriels liés à l’effort de guerre allemand, est même largement accepté, au moins en principe. Ce sont les destructions des villes françaises, et la mort de leurs habitants par dizaines de milliers, qui sont (évidemment) moins bien accueillies. En même temps, et en France autant qu’en Angleterre, il est nécessaire d’agir, d’assurer tant bien que mal la sécurité des personnes et des biens, de porter secours aux blessés et aux sinistrés.

C’est ainsi que les réactions des Français à l’offensive aérienne alliée sont teintées d’ambiguïtés. En effet, participer à la défense passive, que ce soit tout simplement en respectant les mesures d’obscurcissement des lumières, ou en intégrant une équipe de secours, entraîne automatiquement une certaine coopération avec l’État français, peut-être aussi avec les autorités allemandes. Le gouvernement de Vichy, comme les mouvements fascistes basés à Paris, essaie, bien entendu, de tirer un bénéfice politique de tout effort de mobilisation civile. Pour autant, les Français qui rejoignent la défense passive ne sont pas tous des collaborateurs, loin de là. Un aspect largement méconnu des années noires est celui de la solidarité sociale, imparfaite certes mais non moins réelle, qui se développe dans la population face aux bombardements.

Sous les bombes

Nombreux sont les Français qui voient, en l’armistice du 22 juin 1940, la fin de la guerre. Ce sont les habitants des ports de la Manche qui découvrent les premiers qu’il n’en est rien. Pour eux, les problèmes habituels associés aux bombardements – les abris, l’évacuation des enfants et des « inutiles », l’aide aux sinistrés – se posent, au plus tard, en septembre 1940. D’autres localités restent indemnes, au moins jusqu’en 1944. D’autres encore connaissent les survols des escadrilles alliées, entraînant de fréquentes alertes, mais ne seront bombardées elles-mêmes qu’en 1943 ou plus tard. Forcément, chacun réagit aux bombardements en partie selon le cas de figure précis subi par sa ville ou son village.

Selon un rapport préparé pendant les derniers mois de la guerre pour l’état-major français, « On peut dire que neuf fois sur dix, les victimes d’un bombardement sont avant tout victimes de leur ignorance, de leur affolement ou de leur indiscipline ». Le compte-rendu concernant les bombardements de Marseille va encore plus loin, n’hésitant pas à mettre une partie du nombre important de morts (plus de 1 800 le 27 mai 1944) au compte de la « mentalité méridionale ». En clair, les civils pris sous les bombardements ne respectent pas les consignes, en ne gagnant pas les abris, ou pas assez vite, après les alertes. Avec moins de brutalité de langage, le Bulletin d’information sur la défense passive ne cesse de constater qu’en proportion élevée des habitants ont trouvé la mort ou ont été blessés en pleine rue, et insiste sur la protection, partielle mais bien réelle, assurée par les abris, même les plus rudimentaires.

L’accoutumance aux abris est souvent chèrement acquise. Presque immanquablement, c’est le premier grand bombardement d’une ville, au moins à partir de 1943, qui se révèle le plus meurtrier. Pendant les trois premières années de l’Occupation, Nantes connaît plus de trois cents alertes, mais moins de dix attaques, toutes légères. L’habitude entraîne le sentiment que les alertes, les bombardements, ne seront jamais « pour nous ». Le 16 septembre 1943, cependant, la ville reçoit 385 tonnes de bombes et 965 personnes trouvent la mort ; une semaine plus tard, c’est 310 tonnes pour 480 victimes. En 1944, par contre, Nantes subit des bombardements encore plus lourds que l’année précédente – mais qui provoquent seulement 11% du total des morts civils de la ville, pour toute la guerre. Le bilan du premier bombardement et ceux des suivants sont tout aussi contrastés à Marseille, à Toulon, ou à Lyon. Dans les villes plus petites aussi, les populations ne se rendent pas tout de suite compte du danger : attitude qui se révélera par la suite désastreuse. À Condé-sur-Noireau en Normandie, le maire a bien vu le dépliant allié avec sa consigne d’éloignement (lequel ne nommait toutefois pas les villes visées). Cependant, il « n’avait pas jugé bon de répandre la panique dans une population de plus de 4 000 habitants » en le distribuant. Certains habitants ne commencent à creuser des tranchées qu’au 6 juin 1944. Le lendemain, la ville est pratiquement détruite. Le maire, médecin de profession, meurt des blessures subies au moment où il tentait de soigner ses administrés.

L’évacuation systématique et à grande échelle, pour échapper aux bombardements, est rare. Les souvenirs restent toujours frais de l’Exode de 1940, avec son train de chaos administratif, de séparation des familles, de foyers retrouvés dans un état piteux, vidés par les Allemands, par des pillards, ou les deux. Peu souhaitent renouveler l’expérience, que le gouvernement, d’ailleurs, n’encourage pas au début. Les évacuations prennent cependant de l’importance à partir de 1942, au fur et à mesure que les attaques aériennes s’intensifient. En novembre 1943, d’après les chiffres officiels, 150 000 enfants d’âge scolaire ont déjà été évacués, ou au moins éloignés de leurs domiciles. En même temps, les bombardements lourds provoquent le départ précipité de nombreuses familles, avec ou sans l’appui des autorités, souvent vers des localités à quelques kilomètres de la zone atteinte. Brest, ville bombardée tôt dans la guerre à cause de la présence dans le port des croiseurs allemands Scharnhorst et Gneisenau, verra la moitié de ses 68 000 habitants se disperser vers les communes environnantes, ou plus loin, avant février 1942. La population de l’agglomération lorientaise tombera de 80 000 à 12 000 en janvier 1943 (ce qui limitera considérablement le nombre de victimes des véritables bombardements de zone qui détruisent la quasi-totalité de la ville). Environ 100 000 Nantais – dont beaucoup, il est vrai, reviendront – quittent leur ville après les bombardements de septembre 1943. En Normandie, quand la capitale de Guillaume le conquérant se retrouve, aux lendemains du débarquement, dans la zone des combats (aériens comme terrestres), quelques 20 000 Caennais se déplacent à pied vers les carrières qui entourent la ville (http://www.ouest-france.fr/actu/loisirsDet_-Refugies-dans-les-carrieres-pendant-la-guerre-_3723-962099_actu.Htm). Ils y resteront des semaines durant, se nourrissant des vivres emportées de chez eux ou prises dans des wagons de chemin de fer bombardés, ou alors de la viande des bestiaux morts pendant les combats. Mais 20 000 autres habitants de Caen choisissent de rester dans leur ville.

Les secours

Même sans « Blitz spirit » à l’anglaise, et malgré l’absence d’un million de prisonniers de guerre et de 650 000 STO, les Français parviennent à maintenir des équipes de défense passive à un niveau correct. Les privations de la guerre n’empêchent pas l’existence d’une infrastructure caritative quoique largement encadré(e) par l’État, tout au long des années noires.

Le personnel de la défense passive

Entre un adulte sur 30 et un sur 120, parmi les citadins français, a une fonction dans la défense passive. Ce sont des ilotiers, responsables des mesures d’urgence et des abris dans un immeuble, un pâté de maisons, ou un secteur plus grand. Ce sont des pompiers auxiliaires, des chauffeurs, des secrétaires, des médecins, des infirmières, des pharmaciens, des aides soignants, des brancardiers, des ouvriers chargés de dégager les victimes, mortes ou vivantes, avant que les services des Ponts et Chaussées n’entament les travaux de déblaiement. La Défense passive du département de la Seine (autour de Paris) compte un peu plus de 42 000 personnes pour une population totale de 5 millions. En province, la proportion de la population engagée atteint souvent des niveaux bien plus élevés (voir tableau). Ces chiffres ne comprennent pas des corps volontaires comme les Équipes nationales, organisation de jeunesse s’inspirant des Scouts et fortement teintée (au moins officiellement) de l’idéologie de la Révolution nationale, qui s’implique de plus en plus dans les secours à partir de 1943. Au besoin, ce sont aussi des équipes empruntées aux entreprises du bâtiment, voire des mineurs du Nord, qui prêtent main-forte aux secours.

Effectifs de la Défense passive dans 33 villes françaises, automne 1943

Ville

Effectifs de la DP

Effectifs DP par rapport à la population totale en 1936

 

Ville

Effectifs de la DP

Effectifs DP par rapport à la population totale en 1936

Arles

1 034

3,2%

Montpellier

1 757

1,9%

Arras

824

2,6%

Nantes

1 852

0,9%

Avignon

2 100

3,5%

Nice

4 703

2,0%

Besançon

1 039

1,6%

Nîmes

2 500

2,7%

Béziers

2 185

3,0%

Paris

42 269

1,5%

Bordeaux

1 279

0,5%

Périgueux

500

1,3%

Boulogne

1 133

2,2%

Rennes

1 604

1,6%

Bourges

5 868

11,9%

Roanne

645

1,6%

Brest

768

1,0%

Roubaix

2 328

2,2%

Caen

1 439

2,3%

Saint-Brieuc

751

2,4%

Cannes

1 456

3,0%

Saint-Étienne

1 318

0,7%

Dijon

2 283

2,4%

Sète

1 151

3,1%

Grenoble

957

1,0%

Tourcoing

1 699

2,2%

La Rochelle

1 454

3,0%

Tours

2 504

3,0%

Lille

4 368

2,2%

Troyes

2004

3,5%

Lyon

8 564

1,5%

Valence

1661

4,5%

Marseille

22 103

2,4%

  Total/moyenne

128100

2,53%

Sources: Service historique de l’armée de terre 1P/20, Notes pour le colonel Mehrhart, 9 et 25 novembre 1943; SHAA 3D/473, Note pour le colonel Mehrhart, 19 novembre 1943; Archives Nationales F1/A/3780, CFLN, France-Politique, Organisation de la Défense Passive, 29 July 1943 (Paris) ; AD Rhône 182W/264, Organisation générale de la Défense Passive dans le département du Rhône, septembre 1943 (Lyon).

Parmi ces personnels, des employés municipaux, des compagnies militaires retenues pour des services de défense passive (les Bataillons de la défense passive), des requis civils, mais aussi des volontaires.
Ce dernier groupe peut atteindre une proportion importante – à Nantes, par exemple, la moitié des effectifs sont des volontaires. Rejoindre la Défense passive comporte, il est vrai, certains avantages. Le personnel est payé à l’heure (quoique pas très bien) ; à l’occasion, des suppléments de rations alimentaires leur sont attribués, ainsi que du tabac et de l’alcool ; il y a aussi la possibilité (quoique sans garantie) de se faire dispenser du STO. Mais le travail dans la DP est toujours sale et épuisant, parfois horrible lorsqu’il s’agit de dégager les morts, souvent dangereux. À Nantes, par exemple, 22 agents périront dans l’exercice de leurs fonctions.

Après les bombes : une solidarité encadrée

Les allocations de l’État étant peu généreuses et assorties à des critères assez stricts de revenus (voir (Link here to State Responses to Bombing)), les sinistrés ont souvent recours à des associations caritatives. Secteur qui mélange le meilleur et le pire, une réelle solidarité et des fonds provenant de la spoliation des biens juifs. Les principales sources d’aide aux sinistrés, à part l’État, sont les suivantes :
• Le Secours national. Fondé pendant la première guerre mondiale pour venir en aide aux familles des mobilisés, mis en veilleuse en 1918, ressuscité en 1938 sous le gouvernement Daladier, le Secours national est placé sous le patronage direct du maréchal Pétain en 1940. Organisme de secours parapublic, tirant ses fonds en partie de l’État mais échappant au contrôle gouvernemental direct, le Secours national vit aussi des dons des Français. En principe, il détient même le monopole de la distribution des dons faits au bénéfice des civils français, même si, dans la pratique, ce droit est parfois délégué à d’autres organisations. Mais le Secours national a les mains plus libres que l’État dans la disposition de ses fonds : il pratique une distribution discrétionnaire où entrent des critères idéologiques liés aux idées traditionalistes du régime concernant la famille. Le Secours national distribue, certes, de l’argent aux sinistrés, mais surtout de l’aide en nature : des vivres, de la literie, de l’habillement. De son (très gros) budget de 4,25 milliards de francs en 1944, le tiers environ provient des dons.

• Le Comité ouvrier de secours immédiat (COSI). Lancé en 1942, au lendemain du bombardement des usines Renault à Billancourt, le COSI fournit, en toute indépendance du Secours national, de l’aide aux sinistrés après les bombardements. Il dispose aussi de deux centres accueillant des enfants évacués. Ses revenus proviennent pour l’essentiel de l’occupant allemand, qui les puise dans les profits des ventes de biens juifs confisqués. Les personnalités les plus en vue du COSI, au niveau national et local, sont des hommes des organisations fascistes basées à Paris, surtout le Rassemblement national populaire (RNP) et le Parti populaire français (PPF), qui trouvent le régime de Vichy bien trop tiède dans sa collaboration avec les nazis. Rejetant les valeurs paternalistes du Secours national, le COSI se veut plus rapide et plus efficace que celui-ci. Mais ses liens très voyants avec l’occupant limitent sa popularité … surtout lorsqu’on découvre qu’au passage, les chefs du COSI n’hésitent pas à se faire attribuer des salaires et autres frais plus que généreux.

• Les parrainages des villes. De nombreuses villes gravement sinistrées se font parrainer par des localités ou des départements épargnés par les bombardements. Brest est le premier exemple de ce type de jumelage, du fait d’une initiative qui doit beaucoup à l’Église, et notamment au cardinal Gerlier, primat de France ; en effet, c’est Lyon qui devient le parrain du port breton. Lorient est parrainé par le département de Seine-et-Marne. D’autres parrainages suivront, encouragés de manière de plus en plus pressante par les autorités de Vichy. Au minimum, ils comportent l’attribution, par la collectivité marraine, d’une somme relativement importante au bénéfice des sinistrés de son « filleul ». Dans la plupart des cas, sont organisées aussi des fêtes, des kermesses, des concerts, ou des rencontres sportives – autant d’occasions de récolter des fonds et de rendre visible la solidarité entre villes. Parfois aussi, la collectivité qui parraine accueille des réfugiés. Le système n’en a pas moins ses défauts. Les bombardements finissent souvent par atteindre les parrains eux-mêmes. Quant aux villes du Havre et de Rouen, elles ont la malchance de se faire parrainer respectivement par Alger et Oran, villes qui passeront sous le contrôle des Alliés dès novembre 1942; ceci n’empêchera pas, cependant, un certain nombre de leurs enfants d’y passer la guerre à l’abri dans des familles d’accueil (et d’en garder, pour certains, un souvenir émerveillé).

• Les souscriptions publiques. Tout bombardement lourd, au moins jusqu’en 1944, provoque le lancement par la presse locale d’une souscription au bénéfice des sinistrés. En Bretagne, par exemple, 4,2 millions de francs, soit quatre fois l’aide d’urgence attribué par l’État, sont récoltés au profit des habitants de Nantes entre septembre 1943 et janvier 1944 ; exemple entre autres de l’aide en nature venue de loin, les vignerons de Gaillac y ajouteront plusieurs centaines de litres de vin. À Rennes au printemps 1943, la moyenne des dons personnels est de 100 francs environ, mais des individus fortunés, des entreprises, ou des associations sportives ou autres sont capables de proposer jusqu’à 25 000 francs ou plus.

• Les prisonniers de guerre. Peut-être l’aspect le plus remarquable de la solidarité provient-il des travailleurs français en Allemagne, et même des prisonniers de guerre, après des collectes ou des spectacles organisés dans les camps. Cette pratique semble être particulièrement répandue parmi les prisonniers bretons, dont les sinistrés de Brest, de Rennes et de Nantes sont les principaux bénéficiaires. Pour une fois, le taux de change (20 francs pour un reichsmark) s’opère au profit de la France. Des dons des 20 000 francs, voire plus, proviennent ainsi de plusieurs Stalags.
Chaque manifestation de solidarité sera bien entendu orchestrée dans un but politique précis. Pour Vichy, il s’agit de présenter une nation unie derrière « le Maréchal », face à l’agression alliée. Les fascistes du RNP et du PPF cherchent à mettre en lumière les lenteurs et les lacunes de Vichy pour mieux souligner leur propre dynamisme. Les ambitions des uns et des autres sont cependant alimentées, en partie, par la générosité de la population française, qui se montre remarquablement prête, dans une époque de pénuries de toutes sortes, à faire des sacrifices pour soulager les souffrances de ses compatriotes sinistrés.

Alliés et agresseurs : les bombardements et l’opinion publique

Il est indiscutable que pendant les deux premières années de l’Occupation , la plupart des Français, au moins parmi ceux dont les localités ne sont pas directement touchées, accueillent de manière positive les bombardements alliés. C’est ainsi que dans son journal intime, Liliane Schroeder exprime les sentiments de « jubilation et d’enthousiasme » qui l’inspirent à la vue, depuis sa fenêtre parisienne du bombardement de Boulogne-Billancourt la nuit du 3 mars 1942. Elle estimera les Parisiens unanimes dans leur approbation des bombardements les jours suivants. De même, Jean Guéhenno écrit que la population de la capitale a du mal à cacher sa jubilation. La nuit, des civils français fleurissent les tombes des équipages de la RAF abattus près de chez eux. Tout simplement, un signe aussi visible qu’un gros bombardement prouve que la Grande-Bretagne reste un combattant puissant, donnant ainsi le gage d’une éventuelle libération.
C’est au cours de l’année 1943 que les attitudes deviennent plus réservées, voire franchement hostiles. C’est ce qui ressort des rapports des Renseignements généraux, comme de ceux des préfets ou du « Service des contrôles techniques » responsable des écoutes téléphoniques et de l’ouverture de la correspondance privée des Français. Trois raisons principales expliquent cette évolution. D’abord, les forces aériennes anglaises ou américaines n’ont plus, à partir de 1943, le monopole de l’espoir pour ceux qui souhaitent la défaite de l’Allemagne. La bataille de Stalingrad, et dans une moindre mesure, les réussites des Alliés en Afrique du Nord, puis la chute du régime fasciste et le débarquement en Italie, ouvrent la perspective d’une victoire terrestre sur l’Axe. Ensuite, l’étendue comme le rythme des attaques aériennes s’intensifient, avec la destruction quasi-totale de Lorient et de Saint-Nazaire pendant les premiers mois de 1943, le 2e bombardement de Billancourt qui touche l’hippodrome d’Auteuil un dimanche de courses, puis le bilan meurtrier sans précédent des bombardements de Nantes six mois plus tard. Enfin, l’entrée en jeu des Etats-Unis donne lieu, aux yeux de beaucoup de Français, à un style de bombardement nouveau et impitoyable. Selon une opinion assez largement répandue, la RAF s’efforce de limiter les pertes françaises au minimum en bombardant à basse altitude, tandis que ses homologues américains lâchent leurs projectiles à 7 000 mètres, interdisant les précautions les plus élémentaires à l’égard des populations civiles. « Il vaudrait mieux apprendre à nos amis américains les méthodes britanniques », écrira René Massigli, porte-parole du Comité français de libération nationale, au Foreign Secretary Sir Anthony Eden en avril 1943.
Les ressentiments français vis-à-vis des bombardements ne se traduisent pas, cependant, ou très peu, en hostilité globale à l’égard des Alliés, et encore moins en une quelconque complaisance à l’égard du régime ou de l’occupant. Les espoirs des préfets de Vichy en ce sens, exprimés lors de chaque nouveau bombardement en 1943-44, tout comme les craintes du War Cabinet britannique au même sujet, resteront sans lendemain. Les raisons évidentes éclairant cette dimension limitée des mouvements de l’opinion sont à trouver dans l’évolution parallèle du quotidien des Français sous l’Occupation : une pénurie alimentaire qui ne cesse d’ empirer avec les exigences allemandes qui augmentent, les rafles des juifs, une brutalité croissante à l’égard de toute personne soupçonnée d’affiliations résistantes, et le STO, toutes ces évolutions peuvent donner à penser (sauf pour les victimes directes) que les bombardements constituent le prix regrettable mais nécessaire d’une libération de plus en plus désirée.
Un bon signe de la résignation globale à l’égard des bombardements – et même de leur « acceptation » relative – réside dans le maintien, voire l’extension, des activités de la Résistance (aidée le plus souvent par la population) au bénéfice des aviateurs alliés. Cette aide a une dimension matérielle autant que morale : former un équipage coûtant plus que de construire un avion bombardier, des aviateurs qui regagnent leur pays sont autant d’actifs précieux. Selon la plupart des estimations, entre 2 000 et 3 000 membres d’équipages alliés parviendront, grâce à l’aide qu’ils trouvent dans les territoires occupés, à rentrer en Angleterre. Pour ne prendre qu’un cas, un volontaire de la Défense passive se souviendra, après la guerre, d’avoir utilisé son statut (et son casque) afin de mettre sur le bon chemin un aviateur abattu lors de la destruction de Lorient. Bien sûr, de tels soutiens actifs risquent la peine de mort ou tout au moins la déportation.

Au moment de la Libération, les ressentiments vis-à-vis des Alliés – hormis les collaborateurs et collaborationnistes non repentis – se limitent en général aux régions les plus durement touchées. Même dans les villes bombardées, la tristesse l’emporte souvent sur la colère. Comme le titra sobrement le premier journal sorti dans Le Havre libéré, en septembre 1944, « Nous vous attendions dans la joie, nous vous accueillons dans le deuil ».

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The French people and bombing, 1940-1945

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Part of the British ‘Blitz spirit’ was about demonstrating to a loathed attacker that the civilian population could ‘take it’. This was largely absent from France. For most of the French, the Allied air forces were not sent by an enemy intent on destroying their country. The Allies’ ultimate purpose, entailing the liberation of France from an oppressive occupying power, was shared by the French; their readiness to bomb military and industrial targets in France, broadly accepted in principle; but the large-scale death and destruction visited on the civilian population was, unsurprisingly, far less welcome. Yet it was just as necessary as in Britain to protect persons and property and to help bombed-out survivors.

The French therefore responded ambiguously to the Allied air offensive. Participating in civil defence, for example, whether simply by obeying black-out regulations or by joining a civil defence team, inevitably meant co-operating at some level with the Vichy authorities and quite possibly with the Germans too; the Vichy government, and the fascist movements in Paris, tried to turn any form of mobilisation to their own political advantage; but that did not turn all civil defence personnel into collaborators. Indeed, one of the largely untold stories about occupied France is that of the social solidarity, however imperfect, which could develop in the face of bombing.

Facing the bombs

Many of the French assumed that the armistice of 22 June had ended the war. Residents of the Channel ports soon discovered that it had not: for them, the usual questions associated with bombing, such as shelters and evacuation of children and non-essential persons, were posed from September 1940 at the latest. Other localities went largely undisturbed till 1944; others still were subjected to frequent overflights by Allied aircraft, and thus to air raid alerts, but were only attacked in 1943 or later. How you responded to bombing as a civilian therefore depended on how frequently, and in what ways, your village or town had been visited from the air.

A report prepared for the French General Staff in the last months of the war asserted that ‘nine times out of ten, air raid victims are above all the victims of their own ignorance, their own panic, or their own indiscipline’, and claimed that high casualties in Marseille were due to the population’s Mediterranean ‘insouciance’. The constant refrain of the Bulletin d’Information sur la Défense Passive was the high proportion of casualties found on the street, and the protection, however partial, available to those who used even the most rudimentary shelters.

Shelter discipline was often dearly bought. The first big raid on a town was almost invariably the most deadly. Nantes had had over 300 alerts before 16 September 1943, but fewer than ten raids, all of them light; 965 deaths for 385 tons of bombs dropped; on 23 September, 480 deaths for 310 tons. Nantes received more bombs in 1944 than in 1943, but suffered one-eighth the number of victims. The differences between first and subsequent major raids were comparable in Marseille, Toulon, or Lyon. Smaller towns could also be casual in their approach. At Condé-sur-Noireau, south of Caen, the mayor preferred not to distribute the Allies warning leaflet (which did not name any locality) for fear of spreading panic. Some residents started digging trenches on 6 June. Most of the town was destroyed in raids the following day, and the mayor, a doctor, died from wounds sustained while caring for the victims.

Large-scale evacuation to avoid air raids was also quite rare. The exodus of 1940 evoked fresh and negative memories of administrative chaos, the separation of families, and a return to homes looted by Germans or criminals. Few wished to repeat the experience; nor did the government, in the light of the logistical difficulties, encourage it at first. Nevertheless, it gathered pace from 1942. Obvious candidates were schoolchildren, 150,000 had been evacuated by late 1943, with more being taken by bus or rail to the countryside every week. Other evacuees were compelled to leave their homes by the Germans, who cleared several quarters of Le Havre in 1942-3, and ordered the evacuation of the Mediterranean coastal area early in 1944. Finally, heavy bombing led families to leave some towns precipitately, even if only to localities a few miles away. Brest had already lost half its 68,000 inhabitants by February 1942; the population of the Lorient area fell from 80,000 to 12,000 in January 1943 (considerably limiting the death toll there). About 100,000 Nantais left their city after the September 1943 raids, though many came back. When Caen became a war zone in June 1944, some 20,000 people trekked some miles to shelter in the quarries surrounding the city (http://www.ouest-france.fr/actu/loisirsDet_-Refugies-dans-les-carrieres-pendant-la-guerre-_3723-962099_actu.Htm). They stayed there for weeks, living off supplies brought from home or taken from bombed railway trucks, or off the meat of animals killed in the fighting. But 20,000 residents of Caen still hung on in their own city.

Assistance during and after raids

Even without a discernible ‘Blitz spirit’, the French managed to maintain a significant level of civil defence manning as well as a diverse charitable infrastructure right through the war and occupation.

During raids: civil defence personnel

Among city-dwellers, between one in 30 and one in 120 had some civil defence role to play. The metropolitan département of the Seine, with Paris at its centre, disposed of some 42,000 for a total population of 5 million. Ratios in the provinces could be much higher. In Nantes, by April 1944, there were some 2,600 civil defence personnel for a pre-war population of about 200,000; in Lyon in September 1943, 8,500 for a population of 600,000; in Marseille, 22,000 for 900,000 inhabitants; in Lille, 4,370 for 200,000; in heavily-bombed Boulogne-sur-Mer 1,133 for a population of 50,000. Avignon and Caen, with pre-war populations amounting to 60,000 each, had 2,100 and 1,440 civil defence personnel respectively. This does not count purely voluntary bodies like the Équipes Nationales.

Civil defence personnel included municipal employees, military companies kept on in a civil defence capacity (the Bataillons de la Défense Passive), requisitioned men, and volunteers. But the latter group could attain a high proportion – as many as half in Nantes, for example. Joining a civil defence team had several attractions: it was paid, though not well; there was some provision for special rations; and it offered the possibility – though not the guarantee – of escaping labour conscription to Germany. At the work could be dirty, at times stomach-churning, and often dangerous: Nantes, for example, lost 22 of its civil defence personnel in action.

After the bombs: orchestrated charity

With state aid meagre and means-tested (Link here to State Responses to Bombing), bombed-out families also looked to a variety of charitable sources. This was a sector that combined the best and the worst, real solidarity with funding directly linked to the Holocaust. Major sources of charity included the following.

• The Secours National. Founded during World War 1 as a relief agency for the home front, the Secours National was revived in 1938 under the Daladier government and placed under the direct patronage of Pétain from 1940. It was a parapublic relief organisation, funded in part by the government but not under direct government control and drawing on charitable donations too. In principle, it had a monopoly on the distribution of charitable donations raised by any organisation for civilians within France, though it sometimes delegated this. The Secours National had more discretion on how it distributed aid than the state, and ideological considerations, linked to the government’s highly traditional ideas about the French family, might influence its decisions. The Secours National distributed money, but also aid in kind, chiefly food, bedding and clothing, to bombed-out individuals and families. Of its total budget of 4.25 billion francs in 1944, about one-third came from donations.

• The Comité Ouvrier de Secours Immédiat (COSI). Founded in 1942 after the raid on Renault’s Billancourt plant, the COSI worked independently of the Secours National to provide assistance in the wake of air raids. It also disposed of two refugee centres for children. The COSI was largely financed by Germany, out of proceeds of the confiscation of Jewish property. Its leading figures, both at the central and the local levels, came from Paris-based fascist organisations like the Rassemblement National Populaire and the Parti Populaire Français, which found the Vichy regime too luke-warm in its collaboration with the Nazis. These men were later found to have awarded themselves more than generous salaries and expenses.

• Town adoptions. A number of seriously bombed French towns and cities were ‘adopted’ by localities that had so far escaped air raids. Brest was the first such town; it was adopted by Lyon under an initiative that owed much to the Church, and notably to Cardinal Gerlier. Lorient was adopted by the département of Seine-et-Marne. Other adoptions followed, with the increasingly pressing encouragement of the Vichy authorities. At the minimum, the practice entailed the vote of a significant grant of money for air raid relief from the adopting locality. It would also, typically, offer a focus for charitable events of all kinds, such as sporting meetings or variety performances. Sometimes, too, the adopting localities would take in refugees. The system did, however, have obvious faults. Adopting localities might in turn be bombed and have to revise their priorities. Le Havre and Rouen were unfortunate enough to win adoptions, respectively, from Algiers and Oran – towns which fell under Allied control from November 1942.

• Public subscriptions. Any major bombardment led to a subscription for bombed-out families being launched by the local press. In Brittany, for example, 4.2 million francs – four times the amount of emergency aid allocated by central government – were collected for the residents of Nantes by January 1944; the Gaillac region, also thoughtfully donated several hundred litres of wine. In Rennes in 1943, the average personal gift was 100 francs, but wealthy individuals could give as much as 25,000, and sporting and other associations raised comparable sums.

• Prisoner-of-war contributions. Most remarkably, gifts came from French workers in Germany and even from prisoners of war, the product of collections and the takings from performances in the camps. This appears to have been particularly common among groups of Breton prisoners, with Brest, Rennes and Nantes the major beneficiaries. The exchange rate of 20 francs to one reichsmark for once worked in France’s favour, with a number of Stalags sending gifts of 20,000 francs or more.

Every type of charity was orchestrated with a political purpose. The Vichy government sought to present the nation as united in the face of Allied aggression, the Paris-based fascists to highlight Vichy supposed failures and their own greater dynamism in bringing help to the needy. But the fuel of their ambitions was the generosity of the public, who proved remarkably willing, in a period of austerity, to make donations to relieve suffering and misfortune.

Friend or foe? How the French saw the bombers

There is little doubt that most of the French – at least if their localities were not directly hit – positively welcomed Allied raids in the first two-and-a-half years of the Occupation. The diarist Liliane Schroeder recorded feelings of ‘jubilation and enthusiasm’ as she watched the Boulogne-Billancourt raid from Paris on the night of 3 March 1942, and found the Parisians ‘unanimous’ in their approval of the raids in the following days. Jean Guéhenno, similarly, found that they ‘had difficulty hiding their jubilation.’ The graves of RAF pilots who died over France were covered in flowers, at night, by civilians. Quite simply, such a visible sign that Britain was still in the war, and capable of hitting targets linked to the Germans, held the promise of ultimate liberation.

Attitudes became more reserved, and in some cases hostile, from 1943. This is clear from both from police and prefects’ reports and reports from the postal censors (who freely opened private letters under Vichy). There were three obvious reasons for this. First, the Allied air forces no longer offered the sole promise of Germany’s eventual defeat. Stalingrad, and to a lesser extent the Allied campaigns in North Africa and Italy, offered the prospect of victory against the Nazis on land. Second, the scope and frequency of Allied air raids intensified, with Lorient and Saint-Nazaire being almost wholly wrecked by the spring of 1943, and Nantes suffering unprecedented casualties, for France, six months later. Third, the entry of the United States into the war led to what was perceived as a new and more pitiless style of bombing. It was widely held that while the RAF tried hard to minimise civilian casualties, if necessary by taking risks and bombing low, the US Air Forces bombed in formation from 20,000 feet, and therefore indiscriminately. ‘It would help’, wrote René Massigli, the foreign affairs spokesman for de Gaulle’s French National Liberation Committee, ‘if our American friends could be taught British methods.’

French resentment at bombing rarely translated, however, into general anti-Allied – still less pro-German – sentiment. The hopes of Vichy’s prefects, with almost each new raid in 1943-4, that the tide of opinion would turn, and the British War Cabinet’s serious fears on the same score, were unfulfilled. An obvious reason for this was that at the same time as the bombing intensified, the German occupation and the Vichy regime became steadily more intolerable. Worsening food shortages, round-ups of Jews, increasing brutality towards Resistance suspects, and compulsory labour in Germany for young men all meant that unless you were a direct victim of a raid, the prospect of liberation seemed well worth the bombing that would precede it.

A good sign of continued acceptance of the bombing, despite everything, was the continued willingness of French Resistance networks to help downed Allied airmen escape. This was of material as well as moral importance to the Allies: it cost considerably more to train a bomber crew than to build the aircraft they flew in. Most estimates suggest that between 2,000 and 3,000 crew members got home from Belgium, Holland, and France thanks to local helpers, all of whom were risking their own lives. One French account by a civil defence volunteer, for example, recalls using his official status and helmet to spirit away an RAF airman whose aircraft had been brought down during the destruction of Lorient.

With the Liberation in 1944-5, resentment of the Allies was largely confined to the worst-hit areas. Even there, the sentiment was sorrow as much as anger. As the headline of Le Havre’s first post-Liberation newspaper ‘We awaited you with joy, we welcome you in mourning.’

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